Dès qu’on devient parents, on le comprend, les petits frères et sœurs peuvent passer de l’étreinte à la dispute furieuse en quelques minutes. Des cris pour un jeu, de la jalousie pour l’attention des parents, des petites provocations qui semblent se transformer en batailles épiques, sont le fond musical de nos maisons ! Même s’il peut parfois nous sembler que certaines attitudes des garçons et des filles sont excessives, la vérité est que les conflits entre frères et sœurs ne sont pas seulement normaux : ils sont même utiles.
La relation fraternelle est le premier véritable terrain d’apprentissage social des enfants. C’est le lieu où l’on expérimente la rivalité, la coopération, la négociation, l’empathie et la gestion de la colère. C’est précisément parce que le lien est si étroit que les émotions sont plus intenses que celles vécues avec des amis ou des camarades de classe. Il nous est tous arrivé de demander à notre fils/fille pourquoi certains accès de colère étaient si durs envers la sœur ou le frère et non envers l’ami.
Comprendre pourquoi les frères et sœurs se disputent si souvent (et pourquoi parfois plus amèrement) aide les parents à ne pas s’inquiéter inutilement et à transformer les conflits en opportunités de croissance. Car, comme nous le lirons dans cet article, grâce aux paroles de la pédagogue Giovanna Giacomini, les disputes au sein de la famille, entre frères et sœurs, ne doivent pas être vécues avec anxiété, avec peur, mais comme un moment de connaissance de soi et d’affirmation de sa singularité, pour autant que tout se passe dans une série de limites.
Parce que les conflits entre frères et sœurs sont fréquents
Dans presque toutes les familles, s’il y a des frères et sœurs, les moments de conflits seront de plus en plus fréquents à mesure que l’on grandit. En effet, parfois, tout peut partir de la jalousie face à la naissance d’une petite sœur ou d’un petit frère.
Dans ces cas-là, les enfants se disputent ce qu’ils perçoivent comme limité : l’attention, le temps, l’approbation parentale, les jouets. Même lorsque les ressources ne manquent pas, la perception d’une « injustice » peut déclencher un conflit.
De plus, même si chez vos amis les plus proches il y a des filtres, dans votre famille vous ne vous retenez pas.
Une proximité constante réduit les freins sociaux : les enfants se sentent libres d’exprimer leur frustration, leur colère et leur jalousie sans craindre de perdre la relation. Cela rend les arguments plus intenses mais aussi plus authentiques.
Enfin, il y a aussi le facteur âge. Si les frères et sœurs sont éloignés en âge, ils auront des besoins et des désirs différents qui, à la maison, seront souvent contradictoires, créant des tensions au sein de la famille. Un enfant de 7 ans a des besoins et des capacités très différentes de ceux d’un enfant de 4 ans par exemple, et il arrive fréquemment que le plus âgé se sente envahi, tandis que le plus jeune se sent exclu : d’où des malentendus continus.
Nous pouvons conclure en disant que les conflits sont plus fréquents pour et pour des raisons :
- jalousie;
- partager des espaces/objets;
- différence d’âge.

Conflits entre frères et sœurs : pourquoi ils sont plus tendus
Étant donné que les querelles font partie de l’être et de la vie en famille et que nous devons l’accepter, nous avons demandé au Dr Giacomini pourquoi il y a souvent des tensions excessives entre les petits frères et sœurs (donc aussi bien dans l’enfance qu’en grandissant) lors des querelles à la maison.
« De nombreux parents vivent la tension entre leurs enfants comme un signal d’alarme ou un échec éducatif, mais la perspective pédagogique suggère une vision diamétralement opposée. Le conflit entre frères et sœurs est l’un des laboratoires d’intelligence émotionnelle les plus puissants qui existent, un espace dans lequel il est merveilleux que les échanges aient lieu, car à ce moment-là se joue un jeu beaucoup plus profond que la simple dispute autour d’un jouet. Lorsque les enfants se battent, ils recherchent en réalité la reconnaissance et l’attention dans un premier contexte social fondamental. est seul, il éprouve le besoin d’être vu et teste des compétences cognitives fondamentales, comme la capacité de médiation et la découverte qu’il existe un « autre » en dehors de lui.
Ces dynamiques sont particulièrement dures au sein du foyer, précisément parce que la famille représente un refuge. Dans cet environnement protégé, les enfants sentent que l’amour est une évidence qui ne sera pas remise en question par leurs actions. Cette sécurité inconsciente leur permet d’abaisser les filtres sociaux qu’ils utilisent habituellement à l’extérieur, permettant ainsi à la colère, à la jalousie et à la frustration d’émerger librement. Nous devons considérer la famille comme le premier grand environnement éducatif, où les frictions et les erreurs ne sont pas des problèmes à éliminer, mais des étapes nécessaires à la croissance. Comme c’est le cas pour nous, les adultes, pour les enfants aussi, la crise est ce qui permet l’évolution, à condition qu’elle soit correctement accompagnée ».

Parce qu’il est important de ne pas étouffer l’argumentation
Comme mentionné au début, les disputes entre frères et sœurs ne doivent pas être craintes, empêchées ou étouffées.
A condition de ne pas dépasser certaines limites telles que :
- il n’y a pas de violence physique grave ou répétée ;
- il n’y a pas d’humiliation constante ;
- il n’y a pas d’enfant qui soit toujours une victime.
Alors, si le conflit est sain, quelle est notre tâche ? Voici ce que nous a dit le Dr Giacomini.
« Dans cette perspective, l’approche typique des pays d’Europe du Nord nous apprend à ne pas craindre les conflits et à ne pas essayer de les prévenir à tout prix par une médiation constante. Plutôt que d’éviter les problèmes critiques, nous devons apprendre à les naviguer. comprendre ses émotions avant d’agir, en évitant que l’angoisse du retour au calme ne nous pousse à intervenir dans des processus d’apprentissage autonomes ».

Quand intervenir et comment : le rôle du parent
Notre tâche, dans ces situations, est très exigeante : d’un côté nous devons surveiller, de l’autre, pour ne pas alourdir notre présence, et nous devons également intervenir si la situation s’aggrave mais sans faire de comparaisons pour éviter de créer de nouveaux motifs d’hostilité entre frères et sœurs.
« L’intervention de l’adulte ne devient nécessaire que lorsque le conflit dégénère en violence physique, en humiliation ou lorsque l’un des participants se trouve dans une position d’écrasement total sans issue. Dans ces situations, le parent doit se transformer en un véritable traducteur émotionnel. Au lieu de prononcer des phrases ou de distribuer des étiquettes entre « bien » et « mauvais », l’adulte doit décrire objectivement ce qu’il voit, en aidant les enfants à donner un nom à leurs émotions et à trouver des comportements alternatifs pour les exprimer. Dire Je vois que tu es en colère parce que tu te sentais exclu ouvre un chemin de conscience qu’un simple reproche fermerait ».

Dispute entre petits frères et sœurs : la réparation
Évidemment, la querelle entre frères et sœurs doit avoir une conclusion, il faut donc apprendre à faire valoir son point de vue et à avancer indépendamment de « qui a gagné et qui a perdu ». Apprendre à faire la paix, pour conclure la dispute, est un moment important car cela fait comprendre, dès le plus jeune âge, qu’on peut avoir des points de vue différents, voire un dialogue ouvert, mais que rien ne peut nous empêcher de nous aimer. Une leçon difficile que même nous, les adultes, avons du mal à comprendre. Un petit rituel peut aider les plus petits dans cette étape essentielle.
« Enfin, il est essentiel de cultiver la culture de la réparation. Une fois le conflit surmonté, la création de petits rituels quotidiens aide à rétablir l’harmonie : boire du thé ensemble, se consacrer à un dessin collectif ou manipuler de l’argile sont des gestes symboliques qui guérissent le lien. Le message final qui doit être transmis n’est pas que le conflit est une erreur, mais qu’il n’a pas le pouvoir de rompre le lien émotionnel. Au contraire, le conflit peut transformer la relation, confirmant aux enfants que, malgré le tempêtes, l’esprit de la famille reste solide et accueillant. »